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« Bass Extase », un projet transmédia dédié à la Bass Music

Laurent écume les routes d’Europe depuis quatre ans maintenant, voguant de studios en studios et d’événements en événements, rencontrant artistes et acteurs du mouvement au fil de l’hypnotisante Drum & Bass, une musique explosive et enivrante autour de laquelle nous avons échangé deux mots avec l’equipe de Get in Step il y a quelques jours.

Ce projet, né il y a six ans, prend forme aujourd’hui : Il a pour but d’explorer la scène Bass music Européenne – une première pour un documentaire français – et de retracer les origines de la Bass Culture, l’histoire des différents styles qui la composent (Dub, Jungle, Drum & Bass, Uk Garage, Dubstep…) à travers un transmédia qui présentera un film documentaire, une exposition photo, une web-série, une installation artistique et sonore et différents évènements qui incluront tous ces contenus ainsi que des concerts d’artistes Bass music.

Le teaser, sorti hier soir, nous laisse déjà apprécier de nombreux événements, de nombreux lieux et de nombreux artistes qui figureront dans le film comme Congo Natty par exemple, mais également des extraits de la web-série sur le thème de l’histoire du Dubstep, avec DJ Absurd, ou encore l’un des patriarches de la Bass Music moderne : Benga. Une invitation à plonger au coeur de cet univers de décibels, ou influences musicales se croisent talentueusement. On a échangé quelques mots avec Laurent, réalisateur :

  • Qu’est ce qui a permis à la bass music de prendre cette ampleur et de se diversifier autant aujourd’hui ?

L’ampleur de la bass music varie selon les genres, les périodes et les zones géographiques. Chaque style à eu son « moment » et a pu surfer dessus plus ou moins longtemps. Le Dub des origines, par exemple, a connu une grosse période dans les années 70-80 en Jamaïque, puis s’est importé et s’est renouvelé en Angleterre où il a eu un gros essor dès la fin des années 80 ; le Breakbeat a une grosse période qui s’étend de la fin des années 80 au début des années 90 dans les raves, puis il mute, et c’est la Jungle qui arrive au début des années 90 et qui explose littéralement. Elle est remplacée par la Drum & Bass qui explose au milieu de la décennie avec Goldie, puis Roni Size, et qui connait plusieurs pics de popularité tout au long de son histoire : fin 90, autour des années 2005 et ces dernières années, ou le genre connaît un nouvel âge d’or. Le Uk Garage, lui, a sa période au milieu et à la fin des années 90, alors que le Dubstep nait à fin des années 2000 avec un énorme pic de popularité entre 2011 et 2013, avant de retomber et de renaitre sous d’autres formes ces dernières années. D’autres genres ont pris le relais par moment mais, selon moi, ceux que j’ai cités sont les plus importants et ceux qui m’intéressent le plus.

Ensuite, ce qui a permis à ces musiques de se diversifier, c’est qu’elles sont déjà elles-mêmes issues, à la base d’un mélange de plusieurs influences, et qu’elles en absorbent à chaque fois de nouvelles. C’est leur essence même ! Etant nées en Angleterre, elles sont issues du métissage culturel anglais avec ses colonies caribéennes et jamaïcaine  mais aussi indo-pakistanaise , tout en ayant aussi absorber la culture du breakbeat afro-américain. De plus ce sont des musiques électroniques avec des beats et un groove qui le permet : on le voit bien avec la Drum & Bass et le Dubstep qui ont respectivement des beats à 175 ou 140, qui forment la structure de base, mais à chaque fois, les producteurs qui fabriquent ces musiques ramènent les influences propres pour les faire évoluer. Que ce soit en amenant des influences reggae, funk, jazz ou hip-hop, voir métal, rock ou pop, chacun amène sa touche, ce qui donne une scène qui évolue en permanence. Et quand elle ne le fais pas, cette scène sature au bout d’un moment et une autre musique la remplace.

  • Qui sont les amateurs de bass music aujourd’hui ?

Ces musiques amènent beaucoup d’influences diverses et variées, c’est difficile de dégager un portrait type des amateurs de Bass music. Il n’y en pas un mais plusieurs types et c’est aussi ce qui est intéressant, de pouvoir avoir des gens très différents qui se retrouvent autour d’une même musique. Après s’il fallait en définir un, je dirais que l’amateur de bass music serait une sorte de bad boy à casquette, habillé en street-wear avec de belles sneakers à la recherche de sensations fortes, et qui vient en soirée Bass pour se libérer sur des musiques puissantes avec lesquels il a l’impression de pouvoir toucher les sommets.

Roni Size, pendant le tournage de « Bass Extase » par Laurent Pasquier.
  • Finalement, est-ce encore un milieu underground, ou la démocratisation du genre par l’émergence de gros événements, attirant de plus en plus de participants, en font un genre voué à devenir mainstream ?

Pour reprendre ta question, j’ai envie de dire qu’on est a mi chemin entre les deux, mais tout dépend du point duquel on se place. Si on se place du point de vue des médias mainstream et de monsieur et madame tout le monde, oui la Bass music est encore très underground, et tant mieux finalement. Bien sur, ces musiques souffrent encore d’une sous exposition médiatique, par rapport à la Techno et à la House, devenus institutionnalisés et à l’EDM qui est plus accessible pour le commun des mortels.

Mais le travail pour faire reconnaitre la Bass music fait son chemin petit à petit, grâce à pleins d’activistes de la scène. Que ce soit Olivier Calendini, qui organise le plus gros évènement du genre en France, ou bien les Animalz qui remplissent plus de 5000 personnes, que ce soit des artistes comme Andy C qui jouent de la Drum & Basss à travers le monde dans les plus grands festivals, mais aussi Skrillex qui a permis de populariser le genre Dubstep au point d’avoir connu une période de surexposition même dans des films au cinéma : cela a permis à beaucoup de gens de découvrir ces musiques, même s’ils ne font pas forcément le lien avec le terme Bass music.

Mon projet est aussi clairement axé sur le fait de faire découvrir auprès de néophytes et de militer pour faire reconnaitre cette culture. En décembre j’ai d’ailleurs rencontré l’ancien ministre de la culture, Jack Lang pour lui parler de la Bass music et de mon projet, et voir s’il pouvait m’aider pour l’appuyer auprès de chaines de télé. Et bien malgré le fait qu’il soit très averti sur les musiques électroniques, il n’avait jamais entendu parler de Bass music, mais il a été très curieux et intéressé et s’est engagé à faire quelque chose, donc le chemin suit son court.

  • Avec quels artistes tu gardes des bons souvenirs sur le tournage ?

Tout d’abord, l’un des plus importants pour moi, celui qui me tenait vraiment à coeur, c’est la rencontre avec Goldie. Pour moi, c’est un pilier, une figure importante de cette culture, et le premier par lequel j’ai pu la découvrir. C’est vraiment un personnage, il fait le show devant la caméra, au début il était un peu énervé, mais quand j’ai commencé à lui poser des questions sur ses débuts, une fois lancé, il était complètement à fond et c’était du pain béni pour moi et pour le film. Un charisme incroyable.

Sinon j’ai eu la chance de suivre Son of Kick en tournée pour son premier live en Espagne pour le festival Monegros, et c’était vraiment bien de pouvoir vraiment passer du temps avec lui, même après le tournage. C’est quelqu’un de super cool et très accessible. Humainement, l’une des personnes que j’ai particulièrement apprécié, c’est The Bug avec lequel l’interview était vraiment très intéressante. J’ai beaucoup aimé sa manière de voir les choses, c’est une personne très intelligente et très intègre.

Enfin je dirais Skream et Sgt Pokes, que j’ai pu interviewer dans les backstages du nouveau Casino, c’était très drôle parce qu’en fait, ils ont fait que discuter ensemble pratiquement en racontant pleins d’anecdotes, et ça a duré très longtemps !

DJ Hype, à Toulouse, extrait du documentaire « Bass Extase » de Laurent Pasquier

Vous pouvez dès à présent soutenir le projet via la plateforme de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank ! Un projet passionnant fait par un passionné : Préparez-vous à une véritable immersion dans la Bass Culture !

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Rayane Malki

Rayane Malki

Éternel curieux, les études littéraires de Rayane l’ont poussé à développer sa plume et à élargir sa culture. Il co-fonde le projet avec Thomas, et gère le site et son design en plus de la rédaction des articles.