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[Galerie] #LeBruitDesMurs : Le Monde de Skopit

Un grand soleil éclaire la terrasse, et le seul bruit de fond que l’on entend, ce sont les oiseaux qui sifflent entre les branches des arbres. En fermant les yeux, on pourrait se penser au coeur d’une vallée loin dans le sud, mais nous sommes bien en région parisienne, chez Thibault alias Skopit, un jeune artiste à la croisée des mouvements, voguant entre peinture, graffiti, light-painting, sculpture et même photographie.

Skopit propose depuis plusieurs années un art rêveur et coloré au fil de ses bombes et de ses pinceaux, et nous a laissé entrer dans son atelier, chez lui, à Montbarbin.

Depuis quand tu as commencé le dessin ?

Au collège, je gribouillais sur mes cahiers. Un jour j’ai vu des bombes, et par curiosité j’ai commencé à poser sur une petite cabane dans le coin. J’avais douze ans à l’époque. J’ai commencé dans la rue, à faire mes petites conneries, j’étais fasciné par tout ces noms de crew et toutes ces fresques sur les murs. Finalement, j’ai rencontré mon crew et posé ma première vraie pièce sur un abattoir abandonné dans le coin. C’est eux qui ont été à la base de mon inspiration, ils posent depuis plus de vingt ans. Ils m’ont vraiment fait évolué, même si aujourd’hui, au delà de représenter le crew, ma démarche est plus artistique.

L’atelier de Thibault

Comment tu définis ton art et ton style ?

Je le définis comme un grand mélange de ce que j’aime, autant d’univers que d’artistes. J’ai surtout envie que mes peintures amènent le spectateur à rêver, sous différents aspects. Celui qui regarde mon tableau va s’imaginer une histoire, totalement différente selon chaque personne, en créant des microcosmes à l’intérieur de mes peintures, des univers dans les détails. Aujourd’hui on est submergé par les images, on voit sans regarder ; j’ai envie que mon art laisse le temps à celui qui regarde de se poser et de créer un récit sur ce qu’il voit, c’est la base de ma démarche artistique.

Pourquoi avoir choisi ce blaze ?

J’avais un premier blaze, que j’ai vite quitté quand ça commençais à chauffer pour moi. À cette époque, je trouvais que skopit sonnait bien, et j’aimais bien le lettrage. Le skopiton, c’est aussi un instrument pour la petite histoire.

Comment tu perçois le monde du graff aujourd’hui ?

Déjà, il faut différencier le graffiti et le street art. Le premier renvoie au fait d’imposer son art, son blaze, à des spectateurs, mais c’est aussi et simplement le fait de créer une oeuvre avec de l’aéroso. Le graff englobe beaucoup d’arts et de techniques : Le pinceau, le pochoir, la calligraphie… Ça touche vraiment à tout. Aujourd’hui, c’est clair qu’il y a des anciens qui ont posé dans les années quatre-vingt, et qui aujourd’hui travaillent pour des galeries, ce qui est complètement respectable et honorable, mais ce qui est énervant pour pas mal de graffeurs c’est de voir des types exposer un style graff dans des galeries, sans avoir jamais lâché un tag dans la rue : ça finit par mettre l’étiquette « Street art » au graff de rue, alors qu’il y a une différence fondamentale entre ces deux mouvements. J’ai pas envie d’être catalogué Street-artiste, ou graffeur, je me considère simplement comme un artiste.

T’as déjà eu des problèmes pour ce que tu fais ?

J’en ai eu quelques uns. Le dernier jour de mes dix-sept ans, je l’ai passé au commissariat… Le graffiti amène pas mal d’emmerdes, dans la mesure ou, quand tu produit à l’aérosol, t’es forcément mal vu dans la tête de beaucoup de gens.

J’ai toujours eu du mal à mettre des mots sur mes pensées, alors je m’exprime par l’image.

Tu travaille sur plusieurs supports, en interieur comme en extérieur. C’est une approche différente ?

Ça fait un moment que je travaille pour des particuliers, cela m’a poussé à être exigeant sur mes peintures : avec un lieu et un modèle imposé, on est vraiment sur un travail de précision, de concentration. En parallèle, dehors, quand on pose des fresques dans des lieux extérieurs, désaffectés, c’est une atmosphère et une approche différente, on se fait plus kiffer, et on fait surtout ce qu’on veut.

Tu aimerais vivre de ton art ?

Evidemment. J’ai eu mon DMA (Diplôme des métiers d’arts), à Olivier de Serres, et j’ai décidé cette année de me mettre à mon compte pour voir ce que ça donnait. Finalement ça marche et c’est plutôt cool. Le coté humain et rencontre c’est vraiment quelque chose qui me fait kiffer. En parallèle, j’ai un cadre de vie bénéfique, mes parents m’ont toujours soutenu, ma mère est architecte et artiste peintre, et mon père artisan. C’est vraiment une chance pour un artiste d’avoir des gens qui te soutiennent dans ta démarche.

Qui sont les artistes qui t’ont influencé ?

J’ai fait un stage de deux mois dans le moulin jaune de Slava Polunin. C’est une personne qui m’a apporté une philosophie de vie incroyable. Quand on travaille là-bas, il y a un coté théatralisation de la vie, tout le monde bosse dur mais dans un atmosphère de plaisir. C’est un rêve dans la réalité, un coté qui ressort pas mal dans ma peinture. Dans un coté plus esthétique, il y Dulk, Maye, des graffeurs qui touchent également à la peinture. Mais c’est vraiment la nature, ce qui m’entoure, mon état d’esprit et aussi la musique qui influencent le plus ma créativité. C’est important de s’ouvrir sur tout les arts.

Qu’est-ce qui te rend fier dans tes créations ?

Faire ce que j’aime. Aujourd’hui, ça n’est pas donné à tout le monde, et ça vaut de l’or.

Vous pouvez retrouver d’autres pièces de Skopit sur Facebook et Instagram, et également passer commande auprès de l’artiste sur son blog.

Photos :

Emma Aubert

Marine Clemot

Skopit

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Rayane Malki

Rayane Malki

Éternel curieux, les études littéraires de Rayane l’ont poussé à développer sa plume et à élargir sa culture. Il co-fonde le projet avec Thomas, et gère le site et son design en plus de la rédaction des articles.