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[Interview] Dans le monde de « Get in step »

Dans une semaine, le samedi 27 janvier, aura lieu la prochaine soirée du collectif Get in Step au Trabendo (Paris). La programmation résonne comme un appel à tout les amateurs de Drum & bass à venir apprécier des artistes plus que talentueux.

Au menu de cette première date en 2018, on retrouvera Dimension, véritable monstre de la scène anglaise : le jeune producteur viendra jouer pour la première fois au sein du collectif et partagera la tête d’affiche avec Upgrade, britannique également, qui se présente comme l’un des maitres incontesté de la Jump Up depuis plus de deux ans. Deux genres, deux univers, deux légendes pour le courageux public du Trabendo !

La soirée sera aussi l’occasion de mettre a l’honneur Merikan et Disprove dans un B2B de Neurofunk qui promet d’être percutant, ainsi que Dossa & Locuzzed, duo autrichien talentueux et se produisant pour la première fois à Paris. Enfin, le maitre de cérémonie Zorel viendra faire danser la foule comme à chaque édition, accompagné de Kelib, résident des soirées Big Room de Reims.

Une programmation riche, mélangeant les sous-genres autour de l’amour commun d’un style qui ne vieillit pas avec le temps : voila ce que propose Get in Step depuis plus de cinq ans. Thibaud et Aurelien, les deux amis qui se cachent derrière ce projet ambitieux, ont accepté de répondre à nos questions :

  • Get in Step, ça a commencé comment ?

Tout est parti d’une grosse envie de mixer en soirée. Nathan aka Lam-C et moi même Zorel, on décide de lancer une soirée à la Dame de Canton ou j’étais régisseur général. C’était le tout début de Get In Step. Très rapidement, la soirée bat son plein et on se retrouve contraint de trouver une salle plus grande. Après quelques essais au Glazart, c’est finalement au Petit Bain qu’on termine pour une résidence d’au moins deux ans. Thibaud a rejoint le crew à ce moment là. La suite logique était d’évoluer à nouveau et c’est donc vers le Trabendo que nous nous sommes tournés. Cela fait maintenant plus de deux ans qu’on fait trembler le parc de la Villette, et on est plutôt fier. 

  • D’où vient ce nom ? Et ce logo ?

Get In Step, c’est l’idée « d’entrer à son rythme » dans la soirée. On a tous connu notre  « première » soirée, chacun à sa manière, chacun à son rythme, avec son propre ressenti, sa propre perception, son appréhension parfois, et c’est tous ces gens réunis qui forment cette belle unité qu’on voit particulièrement dans la Drum & Bass. Le nom Get In Step représente tout le monde, du novice qui fout les pieds en soirée bass pour la première fois jusqu’au puriste qui ne loupe aucune Get in Step par ce qu’il y a tel ou tel artiste et que c’est LA soirée à ne pas manquer. Le logo a été conçu par Matthieu Guillot aka DMT, un pote de Clermont-Ferrand. Le thème de nos premiers flyers, c’était des chaussures. À partir de là mon pote a dessiné une sorte d’escalier qui représentait les « E » dans Get In Step avec une typo propre à nous. Depuis, on a changé de visuels, de typo, mais on a gardé notre logo qui pour nous reste simple et efficace. 

Get in Step du 4 novembre 2017 – Photo : Harley Chesnel
  • Comment définissez-vous votre ligne artistique ? Il s’agit uniquement de Drum & Bass ?

Depuis fin 2013, on a pris un tournant et décidé d’abandonner le Dubstep dans lequel on ne retrouvait plus cette petite chose qui nous faisait vibrer. Le style changeait beaucoup à ce moment là et ne nous convenait plus vraiment, alors qu’à l’opposé le spectre si large de la Drum & Bass nous attirait de plus en plus. Pourtant, avant ça, on avait fait venir des artistes tels que Dirt Monkey, Culprate, Pixel Fist, Point Blank, Habstrakt, Laxx … L’envie reviendra peut être un jour.

Aujourd’hui, je pense que notre direction artistique se définit par l’éclectisme au sein de la Drum & Bass : nous aimons emmener notre public dans un voyage à travers elle, le temps d’une nuit, en jouant entre tout ses sous-genres qui font pour nous la richesse du style. On passe un peu de tout : Liquid, Neurofunk, Deep, et surtout notre marque de fabrique, l’attrait pour un style plus « mainstream » ou « dancefloor », mais également plus récemment un peu de Jump Up comme sur notre prochain plateau avec Upgrade par exemple ! On aime partager notre amour pour ce style de musique, et c’est un métier qu’on ne peut  faire que par passion au fond, cela se ressent dans l’ambiance de nos soirées. On aime toujours apporter la petite pépite qui mérite d’être découverte ou enfin reconnue sur Paris, comme on a pu le faire auparavant avec de nombreux artistes tels que 1991, Joe Ford, Fred V & Grafix, A.M.C, T & Sugah, NCT, Bmotion, A-Cray et bien d’autres …

  • Quelle-est votre manière de travailler ensemble ?

Après maintenant près de quatre ans de travail, je dois dire que c’est assez instinctif. On a appris à raisonner ensemble sur la plupart des choses. Ensuite, dans les tâches, Thibaud gère la communication et la promotion au sens large et Aurélien gère tout ce qui est direction artistique, production, technique, logistique… Mais, encore une fois, tout le monde peut donner son avis sur tout. L’idée c’est qu’il n’y ait pas de grand patron, même si c’est Aurélien qui décide au final. 

Get in Step du 4 novembre 2017 – Photo : Harley Chesnel
  • Et votre public ?

Beaucoup du succès de Get in Step s’est justement fait grâce au public et à l’ambiance présente dans la salle : on a beau réfléchir à de multiples paramètres, une soirée reste une soirée ! On a la chance d’avoir gardé cette même atmosphère à travers les années, je pense : à chaque événement, des gens viennent nous voir en nous disant à quel point ils étaient émerveillés par la bonne humeur communicative de chacun. C’est vraiment la récompense de notre travail de voir chacun prendre son pied devant des DJs meilleurs les uns que les autres… Notre public se renouvelle au fur et à mesure mais on arrive à garder une partie des anciens et ça, pour nous, c’est bon signe ! En plus, tout le monde semble rentrer dans le moule et respecter les codes des steppers (On aime appeler notre public comme ça !), chacun se bichonne et partage le même amour pour la musique, c’est ça le kiffe !

  • Quelle place pour la Drum & Bass dans la nuit parisienne aujourd’hui ?

Il y a eu un changement drastique depuis 2012. On a vu le genre se faire un nom grâce à l’expansion de la Bass Music en général, parmi des publics plus larges avec des soirées comme ANIMALZ qui permettent ainsi de drainer une partie de ces gens qui font leur première expérience Bass dans une soirée de cette ampleur. On pense qu’actuellement Paris est une des villes principales pour la Drum & Bass dans le monde, Londres ayant tendance à toujours réclamer les mêmes noms depuis vingt ans, ou alors au contraire, à saturer … À l’opposé, les Pays-Bas, la Belgique, l’Autriche, Paris, Toulouse et Prague sont des villes ou pays qui font bien plus rayonner la drum depuis deux ou trois ans.

Le problème à Paris, c’est que toutes les meilleures infrastructures n’en ont que pour la Techno et c’est le même problème avec les plus grands médias nightlife, qui ne veulent parler que techno à longueur de temps, en laissant passer des contenus avec des artistes bass dix fois plus gros … Le public Drum & Bass reste restreint encore pour le moment, et tu ne peux pas te permettre de trop rapprocher tes soirées, ni même de refaire les mêmes têtes d’affiches tous les quatre mois, parceque c’est essentiellement ce même public très connaisseur, et très fidèle qui se partage entre la concurrence, point très divergent avec la techno ou la house. Sur Paris tu peux faire passer le même artiste techno ou house deux fois en trois mois assez facilement. En résumé, la Drum & Bass a fait sa place, on voit beaucoup plus de têtes d’affiches sur un an actuellement qu’il y a cinq ans mais il reste encore beaucoup de travail pour sensibiliser les médias et les salles qui parlent encore de ça comme d’un phénomène nouveau quand tu as des festivals comme le Let it Roll en République Tchèque qui font plus de 30 000 entrées depuis plusieurs années.

Festival « Let it Roll », édition 2016 – Photo : Tomas Vrbka
  • Et dans le monde de la musique électronique en général ?

Chez les producteurs, la Drum & Bass est un style très respecté car la plupart des musiciens sont de vrais geeks, ce qui leur donne souvent un niveau de production très respecté parmi les autres styles dont certains grands noms parlent. Par exemple, Moby parle de son admiration pour la Drum depuis toujours, ou encore le géant américain de l’événementiel électro, Pasquale Rotella (Insomniac Events, c’est à dire les festivals EDC, Beyond Wonderland, Electric Forest) … qui te balance à six heures du matin que son style de musique préféré est la Drum & Bass et qu’il écoute toujours autant Andy C ou Noisia … 

La Drum a pendant de longues années eu la place du vilain petit canard trop dur à faire sortir du milieu très underground dont elle venait, mais aujourd’hui on y arrive en partie avec des artistes pop tels que Chase & Status, Rudimental, Wilkinson, Netsky … la Drum & Bass a su conserver ses valeurs de mixité sociale, de respect tout en sortant des caves de l’east and south London. Quand tu vois que des artistes tels que Chase & Status ont produit quelques sons de l’album de 2009 de Rihanna je crois que ça en dit long sur le respect que certains artistes accordent au genre.

  • Finalement, quelle-est votre plus grande fierté, aujourd’hui, dans ce que vous faites ?

La récompense est vraiment dans le contact avec la foule, voir tout le monde délirer et crier sur un drop inattendu, s’en prendre plein la gueule par un artiste doué aux platines, c’est priceless ! Le contact avec les artistes est aussi quelque chose de très appréciable. Quand A.M.C ou Mind Vortex t’envoie des petits messages perso, ou commentent tes photos instagram en mode poto, c’est vraiment un aboutissement. Tisser des liens avec ses artistes préférés, ça n’a pas de prix. On fait vraiment un métier de passion et la fierté vient lorsque tu sens que tu fais vivre cette musique qui t’a tant donné, que tu rends quelque chose en retour, ou encore que tu participes à populariser ce genre là.

On va à des événements dans le monde entier et à chaque fois on retrouve des artistes avec qui on a bossé et cette grande famille est pour nous un de nos facteurs de motivation, le travail et le personnel est très lié. On vit beaucoup à travers nos rêves, et on rentre dans un événement avec des yeux d’enfants, en se disant « je veux faire ça quand je serai grand » et, finalement, c’est un peu pareil au quotidien !

Get in Step du 4 novembre 2017 – Photo : Harley Chesnel

Vous êtes donc prévenus : La prochaine date ne fera pas de cadeaux. Rendez-vous le Samedi 27 Janvier au Trabendo pour une soirée qui promet de faire danser puristes et nouveaux amateurs autour d’une passion commune : de la Drum & Bass de qualité…

 

 

Rayane Malki

Rayane Malki

Éternel curieux, les études littéraires de Rayane l’ont poussé à développer sa plume et à élargir sa culture. Il co-fonde le projet avec Thomas, et gère le site et son design en plus de la rédaction des articles.