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La fête continuera toujours

Une fin de semaine sans fête et le public parisien des soirées warehouse lance une polémique en ce week-end du 14 septembre. 

Chaque semaine, c’est le même schéma : un tas d’événements coulent sur la capitale laissant le choix au public parisien : aller danser en club, en hangar ou même au coeur d’un champ ou d’une forêt. Des collectifs naissent de jour en jour leur offrant la possibilité de décompresser de leur semaine la tête dans le caisson.

Mais, si une grande partie de la musique électronique est aujourd’hui acceptée par l’essentiel du grand public, et relayée sur les canaux de diffusion traditionnels comme la radio, la télévision ou les boites de nuits, un autre segment se différencie par son caractère revendicateur et contre-culturel.

La techno est une musique née dans la contre-culture, dans l’underground. Pour comprendre le sens de ces mots, il faut remonter à l’apparition même de ces genres. À vrai dire, l’underground musical remonte bien au delà : dès les années 50, les jeunesses de l’après-guerre, en pleine désillusion face à la violence du monde, se réapproprient des pans entiers de l’art, mettant en cause les normes culturelles et comportementales de la société contemporaine. Tout au long de la seconde moitié du siècle, ces contre-cultures, qui dérangent, donneront naissance au rock’n’roll, à la disco, au punk, et à la fin des années 80, à la house music et la techno, au coeur des communautés homosexuelles et afro-americaines du nord des états-unis.

Plus tard, ces musiques nouvelles, incomprises et avant-gardistes traversent l’atlantique pour trouver un refuge idéal en Allemagne et surtout en Angleterre, ou le Criminal Justice Bill de Margaret Thatcher interdit très vite la tenue des « Rave Parties », fêtes d’un nouveau genre, qui ont déjà traversé la manche à l’époque.

Si, plus tard, comme tout mouvement artistique qui génère de l’argent, une partie entière glissera dans le marché du grand public et de la culture populaire, une seconde partie restera cachée, loin des grands canaux de diffusion, intimement relayée par des fanzines, des radios indépendantes, des forums, et aujourd’hui des groupes Facebook.

Aujourd’hui, si la différence entre une soirée chill à Concrete, et une bonne grosse teuf en Picardie est assez logique d’un point de vue légal, qu’en est-t’il d’une soirée en warehouse, comme celles que proposent des collectifs comme Possession ou Fée Croquer ? Si ceux-ci proposent des soirées warehouse, c’est pour se différencier de ce que l’on peut trouver en club, c’est pour revendiquer cet héritage underground, contre-culturel, que ce genre porte depuis sa naissance, et pour, quelque part, revendiquer le droit à la fête libre.

Accepter de partir en warehouse, c’est faire le choix d’une fête d’un autre genre, dans un lieu atypique, industriel, loin de chez toi, que tu connaitras à la dernière minute et qui risquera de se faire encercler par des forces de l’ordre. Si tu souhaites aller en warehouse, n’y va pas seulement pour le son, mais aussi pour revendiquer ton droit de l’écouter, dans l’atmosphère et l’ambiance que tu désires, en toute liberté. Ce qu’il s’est passé ce week-end la, ce n’est ni la première fois, et malheureusement ni la dernière fois que ça arrivera.

Même lorsqu’un collectif fait un travail incroyable pendant plusieurs années et ne déçoit jamais son public, il risque d’être contraint à la répression des autorités. C’est cette répression qu’il faut combattre, dans le respect et l’intelligence, en ravalant sa rage et sa fierté. Il faut soutenir les collectifs, se montrer plus deter’ que jamais, patients et compréhensifs, même si l’incapacité d’agir devant une injustice aussi incompréhensible et inattendue est un sentiment qui génère autant de colère qu’un article du Parisien. La meilleure réponse possible à l’annulation d’une soirée, c’est d’en organiser d’autres, de venir plus nombreux et plus intelligents, en se prêtant au jeu, en ne diffusant pas les infos et les lieux sur les réseaux sociaux que nous chérissons tant.

La culture underground, si mal comprise par nos ainés, doit vivre encore et toujours à travers nos passions, et, comme l’a si bien dit Rachid Rahaoui

« La techno, en elle-même, est un vecteur de destruction des barrières culturelles »

À toi Fée croquer, à toi Possession, continuez de nous faire rêver et de faire vivre cette culture, la nôtre.

À toi jeune Raver, la fête continuera toujours.

Photographes : Emma Aubert, Rayane Malki, Thomas Restout, Khloé Lorion

Citation : Rachid Rahaoui, « La Techno, entre contestation et normalisation », Volume !, 2005

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Rayane Malki

Rayane Malki

Éternel curieux, les études littéraires de Rayane l’ont poussé à développer sa plume et à élargir sa culture. Il co-fonde le projet avec Thomas, et gère le site et son design en plus de la rédaction des articles.